Récemment, on a beaucoup parlé de la sixième extinction de masse, notamment suite à plusieurs études alarmantes de la communauté scientifique. Sachant que la dernière extinction de masse, il y a 65 millions d’années, a causé la disparition des dinosaures, le terme est inquiétant. Mais que sont réellement les extinctions de masse, et en quoi nous concernent-elles ?

Extinction de masse : définition

On parle d’extinction de masse quand 75% des espèces animales et végétales, terrestres et marines, disparaissent dans un court laps de temps à l’échelle géologique. Cinq grandes extinctions ont eu lieu dans l’histoire de notre planète, nommées selon la fin de l’ère géologique qu’elles marquent : celle de l’Ordovicien, il y a 440 millions d’années, celle du Dévonien, il y a 370 millions d’années, celle du Permien, la plus importante, il y a 250 millions d’années, celle du Trias, il y a 210 millions d’années, et enfin celle du Crétacé, il y a 65 millions d’années, qui a vu la disparition des dinosaures. Lors de chacune de ces extinctions, entre 76 et 95% des espèces, terrestres et marines, ont disparu.

Ces extinctions de masse ont toutes été provoquées par un changement dans l’atmosphère, causé par des éruptions volcaniques ou des chutes de météorites qui ont eu pour effet d’augmenter le taux de dioxyde de carbone et d’acide sulfurique dans l’atmosphère.

L’extinction actuelle : l’extinction de l’Holocène

De nombreux scientifiques alertent aujourd’hui, notamment dans deux études parues en 2015 et 2017, sur le fait que nous sommes entrés dans une sixième extinction de masse, l’extinction de l’Holocène. Ils s’appuient pour cela sur le taux de disparition des espèces, c’est-à-dire, la vitesse de disparition des espèces constatée sur les derniers deux millions d’années, qui apparaît cent fois plus rapide que ce qu’il devrait être : les espèces disparues le siècle dernier auraient dû mettre près de 10 000 ans à s’éteindre !

Un simple coup d’œil à la liste rouge de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) permet de prendre conscience de l’ampleur de ces disparitions. Sur tous les vertébrés documentés depuis 1500, 338 espèces sont classifiées éteintes et 279 éteintes à l’état sauvage ou possiblement éteintes, soit un total de 617. La majeure partie des extinctions est intervenue au cours du XXe siècle, puisque 468 vertébrés ont disparu depuis 1900 (dont 69 mammifères, 80 oiseaux, 24 reptiles, 146 amphibiens et 158 poissons) ; au taux d’extinction normal, seulement 9 espèces auraient dû disparaître. Au total, c’est 50% des espèces animales ayant partagé la Terre avec l’homme qui ont aujourd’hui disparu.

Extinction d’espèces intervenues au cours du 20e siècle, infographie réalisée par nos soins.

A ces disparitions d’espèces s’ajoute un important déclin des populations animales et végétales : toujours selon la liste rouge de l’UICN, 42% des 3 623 espèces terrestres invertébrées et 25% des 1 306 espèces marines invertébrées recensées sont menacées d’extinction. Ce déclin des populations animales est bien souvent la première étape avant leur disparition définitive. Si nous avons tous en tête de grands mammifères menacés d’extinction, comme les loups, les pandas, les éléphants, ou toutes les espèces considérées comme prioritaires par le WWF, de nombreux animaux ne bénéficient pas de la même attention : ainsi, une étude du Muséum National d’Histoire Naturel de mars 2018 montre que les populations d’oiseaux des campagnes en France ont diminué d’un tiers en quinze ans, sans pour autant que ces animaux bénéficient de la même publicité, et bien souvent, du même engouement pour leur protection.

La 6e extinction de masse et l’homme

La particularité de cette sixième extinction de masse est qu’elle n’a pas une cause naturelle : l’homme est responsable de la disparition de ces espèces. Les facteurs sont multiples : exploitation des forêts et des océans pour la pêche, l’agriculture et l’élevage intensif, pollution, changement climatique, explosion démographique … Un simple graphique nous montre le poids de l’homme sur la planète : les hommes représentent 32% de la masse totale des vertébrés présents sur la planète (terre et air), et les animaux domestiques 65%, ce qui ne laisse que 3% d’animaux sauvages. Il y a 10 000 ans, les animaux sauvages représentaient 99% de la biomasse.

Biomasse des vertébrés, infographie issue de l’article de Ron Patterson, « Of Fossil Fuels and Human Destiny », 2014.

Les conséquences pour l’homme

Au-delà de la perte de biodiversité, inquiétante dans le contexte de changement climatique rapide actuel, puisqu’elle entraîne la perte d’une diversité génétique vitale pour permettre aux espèces de s’adapter à un environnement changeant, cette extinction a des conséquences pour l’homme, dont on peut déjà deviner les prémisses. Cette diversité de la vie sauvage est en effet nécessaire au bon fonctionnement de nombreux mécanismes terrestres, de la pollinisation à la purification de l’eau : la baisse des populations d’insectes a ainsi des conséquences désastreuses sur l’agriculture …

A l’échelle humaine, chaque disparition animale est permanente : il a en effet fallu attendre des centaines de milliers de millions d’années, après chaque extinction, pour que le monde vivant se rediversifie. De quoi nous faire réfléchir sur la beauté et la biodiversité de notre planète …

C’est un bilan assez sombre que dressent les chercheurs, qui met d’autant plus l’accent sur l’importance d’une action rapide : il est vital de changer nos modes de consommation et le fonctionnement de nos sociétés pour préserver la biodiversité terrestre. Chaque action compte, et chaque effort pour avancer vers un mode de vie plus éthique et durable est témoin d’un engagement pour la protection de la biodiversité. Réduire sa consommation de plastique, destructeur des océans et de la faune marine, ou soutenir l’agro-écologie, qui remet les insectes au sein du processus agricole, sont autant de moyens d’action.

Défis Futurable !

→ Soutiens l’agro-écologie, qui remet les insectes au sein du processus agricole

→ Soutiens les ONG qui oeuvrent pour la préservation des espèces en danger, comme le WWF, Wildland ou IFAW

→ Ajuste ton mode de consommation, par exemple, en cessant de consommer des produits contribuant à la déforestation

→ Réduis tes déchets plastiques, qui détruisent les océans

Amandine
Sources :

Gerardo Ceballos, Paul R. Ehrlich & Rodolfo Dirzo, “Biological annihilation via the ongoing sixth mass extinction signaled by vertebrate population losses and decline”, Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 2017, en ligne.

Gerardo Ceballos, Paul R. Ehrlich, Anthony D. Barnosky, Andrés Garcia, Robert M. Pringle & Todd M. Palmer, “Accelerated modern human-induced species losses : entering the sixth mass extinction”, Science Advances, 2015, en ligne.

Site de l’UICN, “The IUCN Red List of Threatened Species”.

Site du WWF, “Nos espèces prioritaires”.

Muséum National d’Histoire Naturelle, « Le printemps 2018 s’annonce silencieux dans les campagnes françaises », 2018, en ligne.

Greenpeace, « The ninth extinction », Rex Weyler, 2015, en ligne.

Ron Patterson, “Of Fossil Fuels and Human Destiny”, Peak Oil Barrel, 2014, en ligne.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *