EN BREF

 

Ce qu’on fait ?

Nous cherchons à consommer bio pour diverses raisons : santé, environnemental, social… Mais pour beaucoup d’entre nous le lieu d’approvisionnement n°1 de notre alimentation bio est la grande distribution.

En quoi est-ce négatif ?

En achetant le bio auprès de la grande distribution nous ne faisons pas évoluer la condition précaire des petits producteurs car l’essentiel des recettes revient aux enseignes et leurs lobbies. De surcroît, l’esprit de l’agriculture biologique, qui se veut bienveillante envers la nature et la biodiversité, est bafouée par soucis de conformité au système intensif de l’agriculture conventionnelle.

Et si…

On allait directement au plus près des producteurs sans plus donner notre argent aux lobbies ?

Comment ?

Les solutions sont nombreuses : aller au marché où les producteurs vendent directement leurs produits, en se rendant dans des AMAPs, des coopératives ou des magasins alimentaires indépendants… Oui, manger bio local pour pas cher quand on est étudiant, c’est possible !

Qu’est-ce que cela apporte ?

En consommant dans les lieux cités ci-dessus, ton argent rémunère justement les producteurs et régénère le tissu social en t’offrant la possibilité de discuter avec les acteurs du territoire. Et surtout l’esprit du bio est bel et bien présent avec des exploitants agricoles soucieux de la santé de leurs terres.

Défi Futurable !

→ Encourage la production bio, locale et qui profite aux agriculteurs en te tournant vers des: AMAPs, coopératives, commerces indépendants ou même directement auprès des producteurs en te rendant à leurs fermes ou au marché.

ARTICLE COMPLET

Rayons de fruits d'un supermarché bio avec avocats, pommes et kiwi

Quand on pense “production bio” on s’imagine des petits producteurs en train de ramasser chaque carotte une à une à la main, dans la joie et la bonne humeur. Mais cette représentation n’est plus valable depuis plusieurs années.

En effet, nous sommes de plus en plus nombreux à aspirer à un mode de consommation alimentaire plus respectueux de notre santé et de celle de notre planète. Pour citer quelques chiffres, la demande en bio a augmenté de 170 % entre 2002 et 2011. Le marché est donc devenu lucratif ! C’est pour cette raison que, peu à peu, les rayons dédiés au bio ont commencé à fleurir un peu partout dans la grande distribution au détriment de l’esprit authentique de l’agriculture biologique.

Opposer la grande distribution et les petits producteurs de bio l’un à l’autre peut poser un certain nombre de problèmes. De ce fait, une question majeure émerge : est-ce que la production de bio est compatible avec le fonctionnement de la grande distribution ?

 

Ce que manger “bio” signifie réellement

Manger bio, c’est d’abord un état d’esprit : cela consiste à consommer ce que la Terre et la Nature sont capables de fournir, tout en prenant soin de ces dernières. Manger bio implique donc de rejeter l’utilisation massive de pesticides qui détruisent toute la biodiversité se trouvant autour des cultures végétales et qui nuisent fortement à notre santé.

Ainsi, selon l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique), « la production biologique est un système global de gestion agricole et de production alimentaire qui allie les meilleures pratiques environnementales, un haut degré de biodiversité, la préservation des ressources naturelles, l’application de normes élevées en matière de bien-être animal et une méthode de production respectant la préférence de certains consommateurs à l’égard des produits obtenus grâce à des substances et des procédés naturels ».

Manger bio, c’est aussi consommer ce dont nous avons réellement besoin, ni plus ni moins. On en a certes pour plus cher si l’on compare la quantité de produits bio achetée avec celle de produits traditionnels, mais l’impact que cet achat a par la suite est très différent pour les producteurs (qui sont alors payés au juste prix), la planète et nous.

Il y a différentes pratiques bio à distinguer :

  • L’agriculture biologique qui initialement produit sans utiliser de pesticides et autres produits phytosanitaires issus de l’industrie pétrochimique. Mais encore beaucoup d’agriculteurs bio produisent à la manière d’agriculteurs non-bio, c’est-à-dire en surexploitant les terres.
  • L’agroécologie est un système bio et naturel très perfectionné. Ainsi, Pierre Rabhi, le père fondateur du concept, a déclaré : “En plus de techniques comme le compostage, la recherche de complémentarité entre les espèces, la culture sur buttes… elle va chercher à intégrer dans sa pratique l’ensemble des paramètres de gestion écologique de l’espace cultivé, comme l’économie et la meilleure utilisation de l’eau, la lutte contre l’érosion, les haies, le reboisement…”
  • La permaculture n’est pas à proprement parler une pratique de production biologique mais l’idée est d’obtenir un haut rendement des cultures sur de petites surfaces en laissant la nature s’auto-gérer après avoir recréé un modèle de plantation proche de l’écosystème naturel : chaque élément de la nature vient nourrir ou protéger l’être vivant à côté de lui et cela crée une espèce de cercle vertueux naturel.

Si l’on s’en tient à l’esprit de base du bio, ce dernier ne devrait donc pas figurer dans les rayons de la grande distribution qui impose nécessairement un haut rendement.

 

La vente de produits bio en grande distribution à l’encontre des valeurs de la consommation bio

Rayon de fromage d'un supermarché bio avec du bleu, du saint-nectaire, du camembert

De la production intensive au lieu d’une culture raisonnée des produits bio

Consommer bio de supermarché, ce n’est pas automatiquement consommer localement et en fonction des saisons. Ce n’est pas non plus synonyme de petites exploitations agricoles. En effet, ce qui est bancal avec ce bio de grande distribution c’est qu’il tend à se rapprocher le plus possible au mode de production industrialisé pour réduire les prix au maximum.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les labels n’ont aucun pouvoir sur ce fait. D’après Nature et Progrès, aucune limite de taille n’est imposée aux exploitations et l’agriculture intensive est autorisée, tuant ainsi la biodiversité que l’agriculture biologique en son sens premier cherche tant à protéger. 

 

Du bio largement importé

80% des produits bio vendus en France sont importés, par voie aérienne et maritime, ce qui, tu t’en doutes sûrement, pollue énormément et favorise l’émission de gaz à effet de serre. Est-il donc nécessaire de manger des tomates en plein hiver, provenant entre autre des serres espagnoles où les personnes employées sont pour la plupart des migrants sous-payés et surexploités ?

Le mieux à faire tant d’un point de vu social qu’écologique est de jouer au jeu du circuit court en achetant le plus possible directement auprès de producteurs transparents sur leurs pratiques et de confiance, près de chez toi, ou grâce aux AMAP par exemple : une fois que ton petit réseau est monté, il est vraiment simple de consommer bio.

Le bénéfice des lobbies sur les produits bio

Consommer du bio dans un supermarché conventionnel, c’est tout simplement entretenir les lobbies de la grande distribution, premiers bourreaux de la planète, de notre santé et des producteurs. Il faut bien garder à l’esprit que le bio ne représente qu’une petite partie de l’offre présente en grande distribution et n’est donc pas significatif de ce que vendent en majeure partie les supermarchés.

De plus, ce n’est pas pour leur bonne conscience que les lobbies de la grande distribution misent sur le bio, mais pour la simple et bonne raison que le marché est lucratif. Et pour atteindre leurs fins, les lobbies n’hésitent pas à user et abuser de l’écoblanchiment. Selon l’ADEME, le « greenwashing », ou éco-blanchiment en français, « consiste pour une entreprise à orienter ses actions marketing et sa communication vers un positionnement écologique ». Les marges dans la distribution bio sont passées de 2,1% en 2013 à 4,1% en 2015, à comparer au 1% pour le non-bio.

Si le bio est produit de la même façon que les produits de l’industrie conventionnelle, qu’est-ce qui justifie alors des prix aussi élevés ? L’étude menée par l’association UFC-Que choisir a démontré que le prix du bio en supermarché est plus cher car la grande distribution récupère des marges plus importantes. Donc si tu paies littéralement  ta pomme bio deux fois plus cher qu’une pomme traitée en supermarché, c’est tout simplement parce que les enseignes récupèrent une belle part dessus et non pas parce que les pertes de la production bio sont plus importantes que celles du conventionnel.

Graphique reprenant les parts de vente de producteurs puis des produits en rayons pour le bio et non bio
Source : UFC – Que Choisir / Infographie : Futurable

Alors que, paradoxalement, la situation des agriculteurs français vendant leur production à la grande distribution est loin d’être réjouissante. La plupart d’entre eux sont sérieusement endettés, dépendent de grosses coopératives et ne touchent pas de marges fixes sur leurs récoltes. Les conditions sont donc pas différentes de l’agriculture “conventionnelle”.

Si d’un côté le bio de la grande distribution permet de démocratiser ce mode de consommation,  77 % des français considèrent tout de même que le bio reste éminemment cher et inaccessible pour la majeure partie de la population à cause des surcoûts de production. Chose qui n’est pas tout à fait vraie, car comme expliqué ci-dessus, les marges des enseignes de la grande distribution y sont pour beaucoup dans la fluctuation des prix.

Alors pourquoi ne pas se rabattre sur les enseignes spécialisées du bio ? Le souci, c’est que beaucoup d’entre elles se font absorber par les lobbies de la grande distribution. A titre d’exemple, on pourrait citer Naturalia récemment racheté par Casino géant de la grande distribution. De ce fait, elles vont, elles aussi, à l’encontre des  valeurs de l’agriculture biologique.

En résumé, selon l’association de consommateurs UFC-Que choisir, le bio ne serait qu’un argument marketing pour la distribution qui en profiterait pour se servir de copieuses marges au passage.

Cela étant, d’après une étude de 60 millions de consommateur, les produits vendus sont du bio authentique, respectant le cahier des charges imposé par l’Union Européenne. Du moment que le label bio figure sur le paquet ou l’étiquette, le produit a été contrôlé et certifié bio. Mais il est important de savoir que tous les labels ne se valent pas. En effet, bien qu’il y ai une base commune pour le cahier des charges de ces labels, certains comme Nature & Progrès et Bio Cohérence sont plus stricts et sont donc à privilégier.

 

Conclusion sur le bio de la grande distribution

Les grandes enseignes et la grande distribution ont indéniablement créé un nouvel élan autour de l’alimentation biologique en la démocratisant. Elles ont permis l’accès au grand public avec des prix – prétendument- plus abordables, ce qui est bien sûr mieux que de consommer du non-bio. Mais il reste du chemin à parcourir… Cela étant, à échelle individuelle il est déjà possible d’oeuvrer pour un changement sociétal en ne consommant pas plus que de raison ou en utilisant les alternatives qui te sont proposées dans l’un de nos précédant articles sur comment manger bio, éthique et local pour pas cher 😉 Tu peux poursuivre tes efforts en te tournant vers des AMAP, marchés, coopératives etc. qui te permettront de mieux payer les petits producteurs, de manger local et de saison !

Lisa & Mélanie

 

 

Sources

The Telegraph, “Organic food goes budget as sales surge thanks to Lidl and Aldi”, Saffron Alexander, 2015, en ligne.

Le Monde Economie, “L’appétit dévorant de la grande distribution pour le bio”, Cécile Prudhomme & Laurence Girard, 2016, en ligne.

Reporterre, “La grande distribution s’engage dans le bio… et en menace les valeurs”, Marie Astier, 2016, en ligne.

The Guardian, “Organic food sales soar as shoppers put quality before price”, Jamie Doward, 2017, en ligne.

Le Monde Economie, “L’UFC-Que choisir dénonce les “marges exorbitantes” de la grande distribution sur les fruits et légumes bios”, Laurence Girard, 2017, en ligne.

60 millions de consommateurs, “Acheter bio dans le hard-discount”, 2010, en ligne.

60 millions de consommateurs, “A quel label bio se fier ?”, 2011, en ligne.

Page Wikipédia, “Agriculture biologique”.

Nature et Progrès, “Charte de la Fédération Nature et Progrès”, 2013, accessible ici.

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