EN BREF
Ce qu’on fait

On va au supermarché et on achète du Nutella, des produits LU, Nestlé, Unilever contenant de l’huile de palme…

En quoi est-ce négatif ?

Ces marques utilisent de l’huile de palme, dont la production se fait par l’exploitation des populations locales et a des conséquences désastreuses sur l’environnement (l’équivalent de l’Autriche, parti en fumée, en à peine 20 ans en Indonésie, travail des enfants…).

Et si …

Et si on arrêtait de fermer les yeux ? Et si, pour reprendre les mots d’Anna Lappé, on prenait conscience que « chaque fois que l’on dépense de l’argent, on vote pour le type de monde que l’on veut » ?

Comment ?

C’est ton choix : tu peux choisir d’opter pour des marques proposant des alternatives à l’huile de palme, soutenir la campagne d’I-Boycott… Mais surtout, tiens-toi informé 🙂

Et concrètement, qu’est-ce que cela apporte ?

Un mode de vie plus sain, basé sur le refus de l’exploitation de l’environnement et la défense des valeurs humaines, c’est plutôt intéressant, non ?

Défis Futurable !

→ Jette un coup d’œil à la pétition d’Amnesty International et à la campagne I-Boycott

→ Pour tes prochaines courses, regarde si tes produits favoris ne contiennent pas de l’huile de palme. De nombreuses alternatives à ceux-ci existent !

→ Passe à la pâte à tartiner maison ! C’est simple, rapide  et surtout tout aussi bon ! 😉

ARTICLE COMPLET

 

Feuille de palmier avec deux gâteaux sablés Petit Lu

L’huile de palme, on en a tous entendu parler : elle est utilisée dans la plupart des produits de consommation courante, de l’alimentation aux cosmétiques. Surtout, il s’agit sûrement de l’huile la plus décriée et la plus controversée. Depuis des années, son impact sur l’environnement et ses conséquences sur la santé sont dénoncés par de nombreuses associations, aussitôt contredites par de tout aussi nombreuses entreprises. Entre les témoignages contradictoires, il est parfois difficile de s’y retrouver. Voici donc un petit topo sur l’huile de palme, en quatre points.

 

L’huile de palme, produit chouchou des industriels

L’huile de palme est une huile végétale, extraite de la pulpe des fruits du palmier à huile. Ces arbres sont principalement cultivés en Asie du Sud-Est : 85% de la production mondiale vient d’Indonésie et de Malaisie. Pour l’année 2012, la production mondiale d’huile de palme représentait environ 50 millions de tonnes. Et cette production est en constante augmentation. En effet, depuis 1995, la demande pour l’huile de palme croît de 8.7% par an.

Pourquoi cette huile est-elle si plébiscitée par l’industrie agro-alimentaire ? La première raison est avant tout économique : l’huile de palme coûte moins cher à produire. Ainsi, pour la même quantité d’huile, le palmier monopolise jusqu’à huit fois moins de terre que ses concurrents végétaux, le colza ou le soja par exemple.

Par ailleurs, l’huile de palme est plus stable que ses concurrentes, et donc plus simple à travailler. En effet, la plupart des huiles végétales réagissent à la chaleur et à la lumière, ce qui les rend difficiles à travailler. Pour pallier ce problème, elles subissent un processus d’hydrogénation qui leur permet d’être plus solides et de se conserver plus longtemps ; c’est pourquoi on les appelle « 

huiles végétales hydrogénées », ou « partiellement hydrogénées ». L’huile de palme étant plus stable, elle n’a pas à subir ce processus d’hydrogénation et est donc plus facile à travailler, ce qui la rend très intéressante pour l’industrie agro-alimentaire.

Les enjeux liés à l’huile de palme

L’huile de palme est décriée depuis plusieurs années pour trois raisons principales : ses effets néfastes sur la santé, son impact environnemental et ses conditions de production.

 

L’huile de palme, un enjeu pour ta santé

La première critique adressée à l’huile de palme concerne ses effets négatifs sur la santé. En effet, l’huile de palme contient un fort taux d’acides gras saturés, qui ont tendance à augmenter le taux de mauvais cholestérol contribuant à entraîner des maladies cardio-vasculaires. Dit comme ça, c’est inquiétant. C’est pourtant une critique à nuancer : l’ensemble des huiles végétales hydrogénées et la plupart des graisses animales contiennent un fort taux d’acides gras saturés. Aucune raison donc de penser que l’huile de palme est plus dangereuse pour la santé que ses substituts (dans le cadres, bien entendu, d’une alimentation équilibrée et sans excès).

L’huile de palme,  un enjeu environnemental

Le second point, l’impact environnemental de la production d’huile de palme, est fortement associé au troisième point, à savoir son impact social.

En effet, la production d’huile de palme depuis les années 1990 a entraîné une déforestation intense qui ne cesse de s’accélérer. Entre 1990 et 2010, 8.7 millions d’hectares de forêt ont été rasés en Indonésie, en Malaisie et en Papouasie-Nouvelle-Guinée pour cultiver des palmiers à huile (ce qui représente, en vingt ans, une déforestation supérieure à la superficie de l’Autriche).

Cette déforestation massive entraîne également la destruction de l’habitat de nombreuses espèces animales, dont l’orang-outan, aujourd’hui menacé d’extinction. Un simple chiffre : la moitié des 70 000 orangs-outans encore vivants se trouvent en dehors des zones protégées, et sont donc directement menacés par la déforestation.

Ce qui est mis en cause par cette déforestation en constante accélération est le caractère éphémère de la culture de palmiers à huile. En effet, chaque parcelle est occupée pendant environ 25 ans, durant lesquels le sol est vidé de ses éléments nutritifs et gorgé de pesticides (notamment le paraquat, un pesticide extrêmement nocif interdit en Europe car il assèche la terre). En moins de trente ans, la parcelle devient incapable de produire quoi que ce soit et est donc abandonnée pour une nouvelle parcelle, la plupart du temps issue de la déforestation, à la durée de vie limitée.

Feuille de palmier

L’huile de palme, un enjeu social

Derrière cet impact environnemental de la production d’huile de palme se cache un lourd impact social. Tout d’abord, la déforestation s’exerce avant tout par la technique du brûlis, c’est-à-dire que les parcelles de forêt sont brûlées pour être déboisées. Les fumées dégagées par ces incendies sont quotidiennement respirées par les populations locales et provoquent de nombreuses maladies respiratoires.

Par ailleurs, un rapport d’Amnesty International, publié en 2016, dénonce les conditions de travail des ouvriers travaillant dans les plantations de palmiers. Les données collectées dans les plantations de Wilmar, leader mondial de la transformation et de la commercialisation de l’huile de palme, qui fournit la plupart des grandes entreprises révèlent de graves atteintes aux droits humains.

Les ouvriers sont payés à un taux largement inférieur au minimum légal indonésien pour un travail épuisant physiquement ; certains enfants, âgés de huit ans pour les plus jeunes, travaillent dans les plantations aux côtés de leurs parents. Les ouvriers sont par ailleurs quotidiennement exposés aux pesticides utilisés (le paraquat notamment), qu’ils sont chargés d’épandre sans être correctement avertis des dangers de son utilisation et sans posséder l’équipement adéquat, ce qui conduit à l’apparition de graves lésions. 

Vidéo issue de la page officielle et de la chaîne Youtube d’Amnesty International

Les produits-types contenant de l’huile de palme

L’huile de palme se retrouve dans la plupart des produits de consommation courante, principalement alimentaires, mais également dans les cosmétiques (le dentifrice, par exemple) et dans le secteur de l’énergie (pétrole). Si le nom des entreprises utilisant de l’huile de palme est connu, il est difficile de savoir précisément les produits contenant de l’huile de palme. En effet, la législation française n’oblige pas les marques à inscrire la mention « huile de palme » dans les ingrédients ; celle-ci est donc la plupart du temps désignée sous le nom « huile végétale », ce qui induit le consommateur en erreur. Néanmoins, voici le nom des principaux consommateurs d’huile de palme :

Cette liste, non exhaustive, ne répertorie pas tous les produits contenant de l’huile de palme, mais recense les marques susceptibles d’utiliser de l’huile de palme issue de la déforestation et de l’exploitation des populations indonésiennes et malaisiennes. Le rapport d’Amnesty International met directement en cause ces firmes ayant toutes confirmé s’approvisionner auprès de Wilmar, où les manquements aux droits humains ont été constatés.

Deux gâteaux sablés Petit Lu

Les solutions pour lutter contre les ravages causés par la production de l’huile de palme

Les critiques récurrentes de l’huile de palme et de ses conditions de production ont ouvert la voie pour une production durable d’huile de palme. Ainsi, la RSPO, une table ronde associant producteurs, distributeurs, commerçants, investisseurs et ONG a été créé en 2004, dans le but de faire respecter les droits des ouvriers travaillant dans les plantations d’huile de palme et de lutter contre la déforestation. Les membres de la RSPO peuvent ainsi certifier leurs produits avec le label GreenPalm pour une huile de palme durable.

Toutefois, cet outil est loin d’être parfait. Greenpeace dénonce notamment, dans un rapport de 2013, l’inefficacité de la RSPO qui trompe le consommateur. Quelques exemples : Wilmar, cité précédemment, est membre de la RSPO malgré ses pratiques allant à l’encontre des droits des travailleurs. Unilever, un des membres fondateurs de la RSPO, n’utilise que 3% d’huile de palme durable sur l’ensemble de ses produits. Le certificat GreenPalm apparaît également défectueux : il signifie en effet que l’entreprise possédant ce certificat donne de l’argent à des producteurs d’huile de palme durable, et non que l’huile de palme contenue dans le produit certifié est durable, ce qui induit le consommateur en erreur.

Face à ce constat d’échec, certains appellent au boycott de l’huile de palme et des marques utilisant l’huile de palme dans leurs produits. Au niveau alimentaire, des marques comme St Michel, Harry’s, Blédina, Bjorg, ont choisi d’abandonner l’huile de palme au profit d’huiles végétales alternatives.

D’autres appellent à un boycott responsable : une campagne de boycott a ainsi été lancée sur le site I-Boycott (que tu peux rejoindre en cliquant sur ce lien d’i-boycott.org). L’objectif de ce site est d’entamer un dialogue avec les entreprises sujettes à une campagne de boycott, puisqu’elles sont informées de la campagne lancée à leur encontre et possèdent un droit de réponse, le but étant de lancer un dialogue avec l’entreprise pour l’amener à changer ses pratiques.

L’ONG Greenpeace, quant à elle, s’oppose au boycott de l’huile de palme, arguant que la production intensive d’une huile alternative aurait les mêmes effets désastreux sur l’environnement. Elle appelle à un durcissement des contrôles de la RSPO et à une modification de son mode de fonctionnement pour que cette organisation joue correctement son rôle de promotion d’une huile de palme durable et de protection de l’environnement et des travailleurs. Amnesty International s’inscrit dans le même esprit en dénonçant sans relâche les atteintes faites aux droits des travailleurs dans les plantations d’huile de palme, notamment  à travers une pétition.

 

Pour conclure, le problème de l’huile de palme apparaît bien plus complexe que ce que l’on imagine couramment. Plus que son utilisation, ce sont ses méthodes de production extrêmement coûteuses d’un point de vue environnemental et social qui doivent être remises en question. Comme tu peux le voir, les solutions proposées sont très diverses : chacun peut se faire son opinion, et agir en conséquence.

Amandine
Sources

National Geographic, « Ce qu’il faut savoir sur l’huile de palme », Marie Dias-Alves, 2014, en ligne.
L’Obs, « Huile de palme « durable » : un outil de greenwashing pour berner le consommateur », Laurence Duthu, 2015, en ligne.
Mr Mondialisation, « Huile de palme dans nos moteurs : Total veut doubler les importations », 2017, en ligne.
Amnesty International, « Huile de palme : travail des enfants et travail forcé », 2016, en ligne.
I-Boycott, campagne « LU : Stop à l’huile de palme », en ligne.
Amnesty International, « Le scandale de l’huile de palme », 2016, en ligne.
Greenpeace, « Destruction certifiée », 2013, en ligne.

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