Zone A Défendre. Trois mots qui t’évoquent peut-être les images d’une bande de hippies un peu crasseux qui jettent des carottes aux CRS et vivent dans des cabanes. Et tu n’aurais pas totalement tort : d’abord, parce qu’ils font vraiment ça et ensuite, parce que ce sont à peu près les seuls aperçus que les grands médias télévisés nous ont donnés de ce mouvement pourtant tout à fait inspirant sur les questions du vivre ensemble et du rapport à la nature. Alors certes, la ZAD divise, la ZAD fait peur, mais quand on creuse un peu le sujet on se rend très vite compte qu’il y a bien plus à tirer de cette expérimentation sociale qu’un combat contre un aéroport (désormais gagné après des décennies de lutte). Alors mettons de côté pour un article les questions autour de sa légitimité et de ses combats, et allons plutôt voir le point de vue de ceux qui y vivent.

 

Une Zone À Défendre, petite définition

« Qu’est-ce que c’est la ZAD ? C’est plus facile de dire ce que ce n’est pas… ». *

Bien difficile d’expliquer la ZAD en effet. Pas vraiment un lieu puisqu’il y en a plusieurs en France (sur le site du barrage de Sivens, par exemple) ; pas vraiment un mouvement ni une communauté puisque personne n’y vient pour les mêmes raisons ; disons que la ZAD, c’est avant tout un laboratoire et un lieu de lutte. De lutte d’abord parce qu’elles apparaissent pour empêcher la concrétisation d’un énième projet destructeur pour l’environnement, mais ensuite et surtout un laboratoire d’expérimentations : comment vivre autrement, comment mieux respecter la nature, comment s’organiser ensemble… Ce qui donne un joyeux bordel, puisqu’il y a autant de projets pour la société qu’il y a de zadistes.

La ZAD de Notre-Dame-des-Landes vu de dessus
Photo de Gilles Leroux

Le fonctionnement de la ZAD de NDDL

On va s’intéresser ici à la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes, la plus emblématique du phénomène. Concrètement donc, Notre-Dame-Des-Landes c’est près de 1600 hectares, en grande partie boisés, pour environ 300 habitants, mais c’est surtout une manière de vivre radicalement différente de ce que tu peux connaître.

 

La ZAD de NDDL, une autre manière de vivre ensemble

« La ZAD a un rôle à jouer sur le plan politique, ici on a le temps et le potentiel pour réinventer les outils politiques ».

La ZAD, c’est avant tout un lieu d’auto-gouvernement, où les décisions se prennent le plus horizontalement possible, amenant son lot d’inconvénients certes, mais permettant une vraie délibération démocratique sur l’organisation et l’avenir des zadistes.

Car les zadistes ne sont pas tous des révolutionnaires, pas tous des anarchistes, ce sont surtout des gens qui veulent avoir à nouveau prise sur leur vie, et ça passe nécessairement par l’auto-gestion.

Ainsi, chaque semaine, les habitants (qui le veulent) se réunissent pour débattre de divers sujets allant de la gestion des ressources à l’organisation de la résistance contre les expulsions, permettant l’expression de tous les points de vue, tandis que pour régler les différents conflits qui pourraient survenir sur la zone, un groupe de douze personnes tirées au hasard chaque année est mandaté.

Si cette diversité des opinions fait la richesse de la ZAD, elle rend aussi le processus de délibération épuisant. Il est difficile en effet de trouver des accords qui conviendraient à tous, et chaque objet du jour est souvent reconduit en réunions spécifiques ce qui fait que, pour les plus impliqués dans les projets collectifs, tout leur temps libre est parfois consacré aux débats et à la création de projets, tandis que d’autres ne viennent à absolument aucune réunion : ainsi, confie un zadiste « Si les charges collectives étaient mieux réparties, je pense qu’on aurait le temps de se rencontrer ».

C’est probablement un des aspects les plus passionnants de la ZAD, la confrontation des grandes idées sur l’auto-organisation au réel, sur un espace de vie conséquent. Ainsi si certains venaient remplis de certitudes sur comment vivre ensemble débarrassés de l’autorité, les mettre en place concrètement apprend une certaine forme d’humilité : beaucoup de zadistes se sont ainsi rendu compte qu’ils n’avaient pas toutes les solutions, et que l’autonomie au sens anarchiste est une construction de tous les instants, il faut ainsi « essayer, essayer et pas dire qu’on y arrive ».

Femme dans une serre à légumes
Source inconnue

La ZAD de NDDL, une autre manière de vivre avec la nature

« On essaie de se remettre à notre statut d’humains parmi plein d’autres êtres vivants, du ver de terre à l’arbre en passant par le sanglier ».

C’est bien sûr dans une optique de défense de la nature (du bocage dans le cas de Notre-Dame-Des-Landes) que les ZAD se sont constituées en premier lieu. Que ce soit à l’Est, la région la plus sauvage où vivent ceux qui remettent radicalement en cause la civilisation, ou à l’Ouest, région certes cultivée mais dans le respect du bocage, le mot d’ordre est respect et amour de la nature. Permaculture, agriculture durable, entretien du bocage, éco-construction, mais aussi réapprentissage de savoirs mis de côté (utilisation des plantes médicinales…), c’est aux côtés de la nature que les zadistes cherchent à vivre, et non pas contre elle, s’élevant en exemple de durabilité pour tous ceux qui ont conscience des enjeux environnementaux majeurs que traverse l’humanité.

La ZAD de NDDL, une autre manière de vivre tout court

« J’ai quotidiennement 0 euro en poche […] et je m’en sors parfaitement ».

La vie à la ZAD a en effet de quoi surprendre : on est libre d’y faire ce qu’on veut !

Aider au développement de projets (boulangeries, maraîchages…), apprendre l’artisanat auprès d’artisans expérimentés, construire son propre lieu de vie, cultiver pour tous, participer aux récoltes, faire de la bière, faire du rap sur son temps libre (le studio du ZAD Social Rap est ouvert à tous), le champ des possibles semble infini tant ce lieu est dédié à l’épanouissement personnel et collectif. Toutes les nourritures sont distribuées de manière publique sur le non-marché, où chacun peut se servir et est libre d’apporter pour les autres.

Un terme qui revient souvent est celui de déconstruction : nos schémas de pensée citadins et occidentaux sont à déconstruire, et les nouveaux venus doivent ainsi « réapprendre » pour vivre sur la ZAD. Réapprendre à partager, à s’impliquer dans le collectif, mais aussi à être autonome : personne n’est sommé de faire quoi que ce soit, et tout le monde est libre de s’impliquer dans les projets qu’il veut, ce qui peut parfois donner le vertige. Ici, aucune pression, aucune nécessité d’efficacité, rien que la volonté de développer ensemble cette expérience unique.

Le sentiment d’accomplissement qui ressort des témoignages de zadistes qui ont construit leur propre lieu de vie et apprennent des savoir-faire utiles et diversifiés donne bien envie, à côté du quotidien auquel on est habitué.

Conclusion sur la ZAD, un projet de développement personnel et collectif

En repensant ainsi leur rapport à l’existence et à la nature, les zadistes nous donnent à voir un autre projet de société que celui du travail et de la consommation : un projet de société non-seulement durable et solidaire, mais qui met en avant l’épanouissement personnel et l’expression des singularités au service du bien commun. Alors certes, tout n’est pas rose à la ZAD, les prises de décisions sont longues et donnent lieu à beaucoup de conflits, des engins motorisés sont toujours utilisés sur la partie Ouest, il y a plus globalement une certaine incompréhension entre différents groupes qui l’habitent (agriculteurs / « radicaux » par exemple), mais l’expérience qu’elle représente est riche d’enseignement pour tous ceux qui souhaitent réfléchir à leur mode de vie et je ne peux que vous encourager à visionner leurs documentaires auto-produits.

* toutes les citations sont tirées des sources fournies ci-dessous.

Défis Futurable !

→ Jette un coup d’oeil aux documentaires auto-produits par les zadistes

Thibaut
Sources :

Zone A Défendre, site de la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes.

DEMAIN S’ENTÊTE sur la ZAD de Notre Dame des Landes”, par Groupe Groix, 2018, vidéo YouTube.

Nous, Zadistes Radicaux – ZAD NDDL”, par Piraterie à Roulettes, 2018, vidéo YouTube.

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